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Bernard Maris: "L'economia è resa appositamente incomprensibile, è il canto gregoriano della sottomissione degli uomini"
Denis Robert: "La raison pour laquelle je n'ai jamais fait un bon journaliste, c'est que je passe trop de temps à rêver à une vie meilleure". (La ragione per cui non sono mai stato un bravo giornalista è che passo troppo tempo a sognare una vita migliore)

venerdì 13 febbraio 2015

DENIS ROBERT : « JE ME DISAIS QUE QUOIQU’IL ARRIVE, CE SERAIT DE LA MATIERE A FAIRE DE LA LITTERATURE. »

https://www.bakchich.info/m%C3%A9dias/2015/02/08/denis-robert-je-me-disais-que-quoiqu-il-arrive-ce-serait-de-la-matiere-a-faire-de-la-litterature-63890

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Deuxième partie de l’interview avec Denis Robert à l’occasion de la sortie du film L’Enquête.

L’écrivain évoque certains éléments dramatiques qui ne sont pas dans le film, mais aussi la campagne de presse contre lui et les attaques répétées d’Edwy Plenel, Philippe Val ou de l’avocat de Clearstream et de Charlie Hebdo, Richard Malka.
Comment avez-vous fait pour tenir le coup pendant toutes ces années ?
D. R. : Ça a commencé à merder en 2005 quand Imad Lahoud a trafiqué les listings et que je me suis retrouvé dans un jeu de quilles, sans voir les tireurs. Mais même pendant les galères de l’affaire Clearstream 2, je faisais autre chose que me défendre. Et c’est parce que je n’étais pas obsédé par ça que j’ai fini par gagner et en sortir. J’ai écrit un bouquin sur le foot. J’ai travaillé sur un spectacle de danse avec le chorégraphe Thierry Baë, j’ai écrit un roman d’anticipation, Dunk, qui va être adapté au cinéma, j’ai peint des toiles, voyagé… J’avais du recul et des activités qui me faisaient relativiser la situation et ne pas céder au stress. J’ai toujours été écrivain avant tout avec ce troisième œil qui enregistrait ce qui m’arrivait. Je me disais que tout serait de la matière à faire de la littérature. J’étais quand même, pendant toutes ces années de folie médiatico-politique, à un poste d’observation incroyable au cœur du pouvoir et de ses intrigues.
Vous pensiez que ça ferait de la bonne fiction ?
D. R. : J’ai compris, surtout en travaillant avec Vincent, que mon personnage de fiction aurait plus de chance de s’en tirer que moi. Et surtout de faire passer le message de cette gigantesque arnaque financière à laquelle on assistait impuissant. C’est ce qui est en train d’arriver. C’est un très étrange paradoxe. Le personnage du film, ce n’est pas tout à fait moi. Mais toutes les scènes sont justes, même si elles sont parfois inventées. Par exemple, je n’ai jamais oublié ma fille dans un supermarché, même chose avec les séquences d’engueulades avec Géraldine… Certaines scènes étaient nécessaires pour comprendre la complexité de cette situation impossible et surtout faire du personnage principal un homme et un journaliste crédibles. D’autres éléments de l’histoire ne sont pas dans le film. On m’a reproché le temps que j’ai mis à réagir quand j’ai compris que Lahoud était un escroc et qu’il avait falsifié les listings. Je ne l’ai pas divulgué car j’étais engagé avec le juge Van Ruymbeke et que je ne pouvais pas le trahir. 

« MON CANCER, C’EST CLEARSTREAM… »

Et sur un plan personnel, était-ce aussi violent que le montre le film ?
D. R. : Dans la vraie vie, Géraldine a développé début 2005 un cancer qui aurait dû la tuer. Elle a passé une année en chimiothérapie. Alors que notre fils venait de naître. De janvier à octobre 2004, cela a été compliqué. On était hors sol. Imaginez les écoutes, les filatures, les idioties déversées dans la presse, la hargne de Sarkozy et de Villepin qui ne comprenaient pas ce que je faisais dans cette histoire et missionnaient leurs sbires pour faire pression. Les arnaques de Lahoud. Et moi qui biberonnait et ma femme qui morflait et m’en voulait d’avoir trop consacré de temps à Clearstream. Mon cancer, c’est Clearstream… Voilà ce que j’entendais. Donc au final, les leçons de morale des investigateurs duMonde ou les pleines pages du Figaro, les huissiers, les convocations des juges, rien ne me touchait. Journalistes, flics ou magistrats, ils étaient en service commandé, bossaient pour des avocats ou des partis politiques. Il n’y avait aucune rigueur là-dedans. Aucun journalisme. Aucune justice. 
 Pourquoi ce n’est pas dans le film ?
D. R. : C’est dans ma BD, mais pas dans le film. Une question d’équilibre. On est dans un polar. On n’est pas chez Bergman. On ne peut tout mettre dans un film. Dans une série télé peut être… Par exemple, j’ai perdu mon meilleur ami et mon avocat Joël Lagrange, le jour de la sortie de Révélation$. Il m’avait épaulé, encouragé pendant toute l’enquête. On se faisait une mission d’aller batailler au Luxembourg pour faire bouger la finance. Et son cœur lâche la veille de la sortie du livre. Je me faisais trainer dans la boue par les petits soldats de Clearstream, alors que mon pote venait de mourir. Je me souviens être aller pleurer dans les chiottes à RTL avant une émission. Les gars avaient bien dû remarquer que j’avais les yeux rouges. Ils ont du mettre ça sur le compte du livre... La mort d’un ami, le cancer de la personne que vous aimez, qu’est ce que pèsent les merdes de Sarkozy, de Villepin, des communicants des banques face à ça ? On me demande souvent comment j’ai pu tenir ou aller chercher cette force. La réponse est là. Quand on est dans ce genre de situation, il faut mieux avoir lu Lao Tseu ou La Douleur de Duras que les éditos du Monde ou les bouquins d’Alain Minc. 
Le film joue également la carte de l’émotion.
D. R. : Oui. Vincent a su doser… Il y a un côté psychanalytique de voir un acteur rejouer des pans entiers de votre vie… Quand j’ai visionné le film pour la première fois, tout m’est revenu comme une sale bouffée de chaleur. J’ai accusé le coup. Je me suis rendu compte de tout le travail effectué. Le film m’a bouleversé, les scènes personnelles surtout. A force de le voir, l’émotion n’est plus aussi brutale.

« L’ATTITUDE DU MONDE, LEUR COMBAT POUR ME DETRUIRE, EST JOURNALISTIQUEMENT INEXPLICABLE. ET INEXCUSABLE. »

Ce qui m’a le plus surpris dans L’Enquête, c’est que vous avez été lâché par la presse et même souvent ardemment combattu par des confrères. J’ai un peu de mal à comprendre cette hostilité à votre égard. J’ai retrouvé dans Le Monde du 26 février 2001 un article où Edwy Plenel vous flingue. 
D. R. : Avec le recul, j’arrive à comprendre certaines choses, d’autres nonL’attitude du Monde, leur combat pour me détruire, est journalistiquement inexplicable. Et inexcusable. On peut penser qu’Edwy Plenel n’a pas supporté que quelqu’un vienne sur son terrain et lui fasse de l’ombre. Mais ça ne suffit pas. Il y avait une animosité de la part de ce journal à mon égard. La campagne de presse contreRévélation$ m’a porté un préjudice considérable. Mais je fais la part des choses. La page est tournée.Médiapart est un média formidable. Et je lis Le Monde tous les jours.
Edwy Plenel ne s’est jamais excusé ?
D. R. : Non, il a continué à expliquer même qu’il m’avait soutenu. Interrogé par des étudiants en journalisme de Montpellier, il a dit qu’il ne comprenait pas la polémique avec moi, que je suis même un excellent journaliste… 
C’est comme ça ! Le Monde, à l’époque, c’était Plenel, Colombani et Minc. Et je pense que Minc a eu une influence plus importante que celle que l’on imagine. La journaliste qui a signé les articles les plus assassins sur moi au début s’appelle Sophie Fay, elle bosse au Nouvel Obs maintenant. Elle ne m’a JAMAIS appelé. C’est dingue, non ? Elle m’a fait passer le message par personne interposée que ce n’était pas elle qui avait entièrement écrit les papiers, que Plenel et Gattégno s’en étaient mêlés. C’est leur problème aujourd’hui.
Pensez-vous que Clearstream ou les banques auraient pu influencer ces papiers ?
D. R. : Il est difficile d’imaginer que Le Monde ait subi une influence directe de la place bancaire luxembourgeoise. Indirecte, pourquoi pas ? Il faudrait du temps et une enquête pour analyser tout cela… Il faudrait interroger Colombani et surtout Minc qui était l’ami et le conseiller de nombreux banquiers qui avaient des comptes ou étaient administrateurs de Clearstream. Minc savait parfaitement ce que représentait Clearstream dans le paysage bancaire international.
Je me souviens d’une pleine page un peu avant le procès qui vous taxait d’imprécateur…
D. R. : Oui, le papier était signé d’un journaliste de mes amis, Franck Johannès. On avait travaillé ensemble à Libération. Il est terrible ce papier car il est bien écrit. Les formules sonnent juste. Mais il repose sur des bases et une vision complètement déformées. C’était un papier fielleux. Pourtant, celui qui l’a écrit est un bon journaliste, plutôt scrupuleux. Là, il a manqué de recul, a subi l’influence de son journal, de ce qu’on disait de moi… Toujours cette campagne en coulisse pour me dénigrer.

« ON NE POUVAIT PAS ATTAQUER LE MESSAGE, IL FALLAIT ABATTRE LE MESSAGER. »

C’était une vraie campagne de presse contre vous ?
D. R. : Ça y ressemblait. Encore une fois, comme on ne pouvait pas attaquer le fond de mon enquête, il fallait m’abattre. C’était en partie le boulot des avocats et des communicants de Clearstream qui ont su jouer sur leurs réseaux. Quand l’état major de Clearstream a été viré, il y a eu les plaintes pour diffamation. Ils ont choisi l’avocat de Charlie Hebdo, qui dans un premier temps a refusé de dire publiquement qu’il bossait pour eux. Ils ont pris un faux nez pour envoyer les plaintes. Quand je l’ai découvert, je l’ai écrit. 
L’avocat c’était Richard Malka ? Pourquoi ne pas le citer ?
D. R. : Parce que je m’en  moque aujourd’hui. Ils ont construit un personnage qui n’existe pas : un ennemi de la presse, un conspirationniste. J’avais une réputation en béton depuis Libé. Mais j’ai mésestimé le travail sournois des rumeurs. J’ai vu fleurir des papiers ou des éditos signés par Alexandre Adler, Elizabeth Lévy, Philippe Val bien sûr. J’en passe… Même Entrevue que cet avocat défendait avait préparé un dossier sur moi…
Je ne pensais pas qu’il soit possible de travailler à la fois pour Charlie Hebdo et pour Clearstream. 
D. R. : Moi non plus, mais ce n’est pas le plus gênant. Il fallait bien que Clearstream soit défendu. Philippe Val - que je n’ai jamais rencontré - s’est quand même fendu de trois éditos dans Charlie Hebdopour me dénigrer. Ils sont allés jusqu’à comparer mon travail au Protocole des sages. C’est tellement énorme. Ça me fait sourire aujourd’hui. Je n’ai pas de rancœur, je le mentionne car vous m’en parlez. 
Pourtant, il est en tête de ligne dans l’affaire Charlie
D. R. : Oui. Les deux éléments sont indépendants… Je connais bien l’histoire de Charlie. Ce n’est pas le moment d’en parler. Il est très important que l’équipe de Charlie se reforme et refasse un hebdomadaire libre et indépendant. Ce n’est pas évident. Je souhaite vraiment qu’il réussisse et qu’il fasse un Charlietroisième génération.
A suivre…
DENIS ROBERT, REPERES
1958 : naissance à Moyeure (Moselle). 
1979 : étudiant en psycho, éducateur spécialisé, DEA de psycholinguistique. 
1982-1995 : Denis Robert écrit à Libération
1996 : Publication du livre Pendant les « affaires », les affaires continuent. La même année, il réunit  des magistrats anti-corruption pour lancer « l’appel de Genève » pour la création d’un espace judiciaire européen, dans le but de lutter contre le crime financier.
1999-2002 : Denis Robert enquête sur Clearstream. 
2001 : publication de Révélation$.
2004 : Clearstream se retrouve au centre d’une manipulation d’Etat qui met aux prises Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin dans la course à la Présidentielle
2010 : poursuivi pour « recel de vol de secret bancaires » par la justice française dans le procès opposant Nicolas Sarkozy et Dominique de Villepin, Denis Robert est relaxé en janvier 2010.
2011 : la Cour de Cassation reconnaît son enquête sérieuse et servant l’intérêt général et condamne Clearstream à le dédommager. 
2014 : sortie de son dernier roman, Vue imprenable sur la folie du monde » (Les Arènes)
2015 : sortie du film L’Enquête, de Vincent Garenq.
Réédition de sa magnifique BD, L’Affaire des affaires, (Dargaud). 
Exposition à la galerie W, dans le 18e, jusqu’en mars.
A LIRE : 
Le blog de Denis Robert (mars 2006-octobre 2008) un million de visiteurs pendant ses années de combat)  
DENIS ROBERT SUR BAKCHICH :
Une interview dans Télérama (avec en cadeau bonus, un petit film très drôle de 2009 où Philippe Val déverse son venin sur Denis Robert).
Un article de Technikart
Denis Robert contre Clearstream (1) : « Ce ne sera jamais fini »
Denis Robert contre Clearstream (2) : Les trous de mémoire d’Edwy Plenel (mémento)
La condamnation de Denis Robert annulée en cassation
Denis Robert chez Thierry Ardisson, à l’occasion de la publication de La Boîte noire, donc 2002. 
Tribune de Denis Robert en 2014, reprise sur Les Inrocks.
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